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Publié le 29/11/2023 - Court-métrage

Du 29 nov. au 5 déc.

Seul sous les aurores et Mom, deux courts-métrages à découvrir dans votre cinéma du 29 novembre au 5 décembre 2023.

  • Seul sous les aurores, de Valentin Denyset, devant les projections de Perfect Days

Au début de l’hiver, au-delà du cercle polaire, j’ouvre la porte d’une cabane en bois perdue au cœur des étendues blanches, loin de toute civilisation. Les aurores boréales embrasent les cieux, et les paysages demeurent incroyablement beaux. Je prends soin de consigner mes idées, mes sensations, et de filmer ma vie d’ermite. Les lieux sont propices à l’émerveillement, à la poésie, à la raison…

Valentin Denyset explore la planète et ses propres limites. Photographe documentaire, il saisit dans Seul sous les aurores les moments anodins comme spectaculaires de sa retraite de quelques semaines hivernales passées en 2019 dans le comté de Finnmark, en plein grand nord norvégien. Le froid immense envahit chacune des images de ces six minutes de film. Le blanc, la neige, le ciel, le bois, les arbres…

Au centre du récit, une quête. La captation des aurores boréales. Motif du travail plastique d’un autre réalisateur explorateur, Clément Cogitore, ce phénomène lumineux et scientifique explose ici de magnificence durant quelques plans. En accéléré, la fluidité des rayons verts remplit l’écran de nappes uniques, que Valentin Denyset capte avec précision dans le mouvement.

La répétition des gestes quotidiens dans la cabane en bois s’enchaîne avec les échappées extérieures filmées au drone. Glissant sur des skis, avançant en raquettes, ou survivant dans le froid, le réalisateur est le propre aventurier de son film. Celui qui expérimente le monde. C’est là une grande épopée sur la solitude, sur l’isolement, et sur l’apprentissage de soi-même.


Au sein d’un monde dystopique, filmée par des caméras de surveillance, une petite fille court pour survivre. Une déclaration d’amour aux souvenirs qui nous permettent de rêver le futur.

La jeune réalisatrice Kajika Aki Ferrazzini livre avec Mom une sacrée aventure, révélée au Festival international du film d’animation d’Annecy en 2021. Elle est née de l’angoisse et du sentiment de devoir toujours courir pour survivre. Le résultat à l’écran est le reflet du ressenti intérieur de la cinéaste, qui a imaginé et fabriqué son court avec précision, et l’a autoproduit.

L‘univers visuel de cette traque d’une enfant dans une forêt balance sans cesse entre le chaud et le froid. La gamme des violets et mauves domine, tout comme l’arrivée progressive de nappes bleues. Le trait du dessin, des visages, corps, mouvements, éléments naturels et décors urbains est précis. La mise en scène passe de gros plans saisissants en plans d’ensemble impressionnants, notamment un charnier coloré.

Le miroir tendu à notre monde est évident. Les caméras de surveillance abondent, la violence aseptisée de la société du spectacle règne, et la population consumériste regarde d’un œil distrait la course éperdue d’une gamine livrée en pâture. A la fin du film, le mystère et le trouble restent puissants. Pas étonnant que l’auteure soit notamment inspirée par Princesse Mononoké de Miyazaki, David Lynch et Nietzche.

Scénario Kajika Aki Ferrazzini

L’Extra Court