Retour
Publié le 15/05/2024 - Court-métrage

Du 15 au 21 mai

Ton français est parfait, Métacinéma appliqué et The People Who Never Stop, trois courts-métrages à découvrir dans votre cinéma du 15 au 21 mai 2024.

 Aline, 10 ans, et sa mère Chanda, vivent ensemble dans une banlieue française. Aline découvre qu’une réunion parents-élèves se prépare.

L’émotion nourrit ce récit réaliste signé Julie Daravan Chea. Une petite fille brille à l’école par ses mérites. Mais elle fait face à un racisme crétin, et malheureusement ordinaire… Des “Hé, la Chinoise !” l’accueillent chaque jour. De quoi lui faire ronger son frein et vouloir dissimuler tout rappel de ses origines cambodgiennes. Au grand dam de sa mère, fière de ses racines comme de sa fille.

La simplicité et la finesse du dessin mettent en avant les héroïnes, tout en faisant le choix de ne pas toujours préciser tous les personnages et détails alentours. Ce parti-pris célèbre l’enjeu de chaque scène. Le divertissement inhérent à l’animation se double d’une portée politique forte. Et humaine. De l’affirmation de soi et de la richesse d’être ensemble. Un message que la maman défend ardemment.

La réalisatrice a mené à bien son aventure à l’école valentinoise de la Poudrière. Elle n’a pas non plus voulu cantonner son film à la dureté. La joie des couleurs est bien là, et l’humour n’est pas en reste. La mère s’accroche au désir de se perfectionner dans la langue de Molière pour assurer les démarches administratives comme le suivi scolaire. En débouchant sur un désopilant… “Ta gueule !” !

Scénario Julie Daravan Chea Production La Poudriere


  • Métacinéma appliqué, de Luis Nieto, devant les projections de Le deuxième acte

Il n’y a pas encore de travail de Meta cinéma appliquée. Il fallait donc donner le pas aux problèmes de méthode. Pour cela j’ai préféré choisir un objet aussi « pur » que possible à analyser, c’est-à-dire reposant sur une seule « substance ».

Ovni total que cette proposition cinématographique délirante d’un peu moins de quatre minutes. Le public navigue entre divagation burlesque et poésie surréaliste. Comme si Chaplin rencontrait Luis Buñuel, ou que Georges Méliès croisait Yórgos Lánthimos. Luis Nieto s’amuse, une fois encore, comme un petit fou à créer un univers fantasmagorique. Avec peu de moyens, mais beaucoup d’imagination, sa fantaisie prend vie.

Un savant prolixe, aux ongles vernis, fait une conférence face caméra, comme s’il s’adressait à un public venu assister à une démonstration. Dans le décor d’un intérieur baroque à la sculpture lyrique, il fait son exposé-expérience par l’intermédiaire d’un micro posé un piano. L’objet réceptacle s’avère un chat obèse, dont il rase une mini surface de peau, qui va servir de scène vivante à un concert improvisé.

Trois puces peuvent alors s’approcher chacune d’un micro microscopique et entamer une mélodie rythmique, dont l’harmonie chorale va fonctionner harmonieusement. Le plan large va céder la place à une série de gros et très gros plans sur les bébêtes, en mode stroboscopique déchaîné, vers du psychédélique débridé. En bref, une partition inattendue, un film comme nul autre pareil. Un très court métrage bien allumé !

Musique Juan Pablo Carreno


L’histoire d’une foule qui ne s’arrête jamais, pour le meilleur comme pour le pire.

C’est à l’ordinateur en 3D que Florian Piento a créé cette courte aventure animée. Une chronique d’observation et de recréation du comportement social de masse, à travers la marche sans fin de lignes humaines comme autant de courants infinis. Rien ne semble pouvoir stopper cette fluidité mécanique, dans les deux sens opposés de sa circulation. Comme une immuable fatalité.

Telles des figurines aux allures de poupées programmées, les personnages avancent sans relâche, citoyens lambda, quel que soit leur profil. La foule fait face, avec un flegme inflexible, aux malaises, aux bizarreries, aux incursions obliques, aux catastrophes naturelles. Le miroir de la discipline extrême de la société japonaise est flagrant, mais la parabole universelle n’est pas loin non plus.

Heureusement, la poésie trouve sa place, avec l’arrivée des pétales de fleurs, chers à l’esprit nippon. La nature légère et colorée dérègle enfin la machinerie. Les regards se lèvent et la respiration trouve droit de cité. Si l’adage dit que la musique adoucit les mœurs, ici présente au son avec une mélodie japonisante, il se double d’un espoir possible, malgré l’uniformisation déshumanisante. Moralité : rien n’est jamais joué !

Musique Takai Isamu, Tadashi Kitagawa Production Autour de minuit

L’Extra Court