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Du 07 janvier au 3 février - Musique

FEU! CHATTERTON, Labyrinthe

Labyrinthe, le dernier album de Feu! Chatterton est en écoute dans votre cinéma du 7 janvier au 3 février 2026.

Le nouvel album des Feu! Chatterton, « Labyrinthe », est sorti. Ils font tout ou presque : écrire, composer, et assurer la prise de son, pour le live qu’ils vont jouer en fin d’émission. Une Échappée dans un studio de musique, à Montreuil, avec Arthur Teboul et les Feu! Chatterton.

“Un monde nouveau, on en rêvait, tous mais, que savions-nous faire de nos mains ?” Une salle pleine à craquer hurlait ce refrain comme un hymne, il y a deux jours. Un hymne de nos années 2020. Il figure sur l’album Palais d’Argile, qui fut un carton et un triomphe sur scène. Quatre années se sont écoulées depuis ce disque. Quatre années de vies, avec des enfants qui arrivent, une retransmission nationale de leur interprétation de l’Affiche Rouge pour la cérémonie d’entrée au Panthéon de Missak et Mélinée Manouchian. De ces quatre années de vie, de musique, d’engueulades et d’amitié, est né un nouveau disque. Le titre, c’est Labyrinthe. Le mot raconte notre époque, autant que la fabrication de l’album.

Les Feu! Chatterton m’ont donné rendez-vous dans le studio dans lequel ils ont conçu ce disque, au studio 440, à Montreuil. J’ai retrouvé Arthur Teboul, auteur et chanteur du groupe, au bar. Et on avait le temps. Comme il le chante dans l’un de ses textes : “On avait la plage dans le sablier”.

Arthur Teboul : de la scène a cappella, à la simplicité assumée

Arthur Teboul monte la première fois sur scène à 20 ans, lors d’une compétition de slam dans une célèbre salle de concert du 20ème arrondissement de Paris. Initialement venu en spectateur avec ses amis, il se laisse soudainement emporter par l’envie de participer. La décision se prend pendant la pause. Son passage capte immédiatement l’attention du jury. Il découvre alors la force de toucher le public : « C’est un peu pour ce genre de moment que l’on devient artiste : réussir à livrer quelque chose de soi qui touche les gens. L’intensité et la concentration des premières fois, c’est dingue. »

Ces premières expériences façonnent sa manière d’écrire et de performer : « Ma manière d’écrire, elle est très rap, hip hop, faite de « tricks » pour pouvoir tenir l’auditeur en haleine juste avec la voix« , explique-t-il. La scène a cappella l’oblige à travailler les rythmes, les assonances et les allitérations, instillant une intensité qui restera dans sa musique.

Devenu père il y a trois ans, le chanteur revendique une approche radicalement différente de son art. « La simplicité, c’est plutôt une audace. C’est accepter d’être vulnérable« , lance-t-il, loin de l’ironie mordante de ses débuts. Cette transformation ne doit rien au hasard : « L’époque est devenue plus violente. Le cynisme, c’est un luxe qu’on ne peut plus se permettre. » Plus qu’un changement de ton, c’est toute une philosophie créative qui s’épanouit, où le groupe a appris à « oublier le public » pour retrouver l’authenticité : « La musique, ça marche quand c’est une fin en soi, ce n’est pas un moyen d’arriver quelque part. »

Une fraternité artistique à toute épreuve

Cette mue artistique s’enracine dans une histoire collective unique. Quand Arthur Teboul intègre le futur groupe au lycée, il ne sait ni chanter, ni jouer d’instrument. Ses complices, Clément Doumic et Sébastien Wolff, font preuve d’une patience infinie face à ce « non-musicien » qui hurle ses textes en essayant d’imiter Armstrong ou Tom Waits, et leur fait refaire les morceaux à l’infini. Il ne sait pas se placer au bon moment, ne parle pas le même langage musical qu’eux. Cette complicité mutuelle forge leur identité : « C’est cette confiance que l’on se donnait les uns les autres et cette patience qui a fait ce que nous sommes aujourd’hui « , résume le chanteur, convaincu que « sur le papier, ce n’était pas gagné« .

Cette solidarité se cristallise dans leur titre « 1000 vagues« , né juste après le dernier adieu au manager du groupe, Jean-Philippe, disparu brutalement pendant la création de l’album. « Il n’était pas juste un manager, c’était quelqu’un de très important pour nous », souligne Clément Doumic. Sa disparition intervient alors que le groupe traverse une crise profonde, frôlant l’implosion quatre jours plus tôt. Pourtant, au retour du funérarium, la créativité s’empare d’eux : en deux heures seulement, ils composent la chanson, écrivent le texte et réalisent les arrangements. La musique devient alors leur seul langage, un vecteur de communication quand les mots leur manquent. Comme le résume Clément : « Tout ce qu’on pouvait se dire à ce moment-là, on se l’est dit dans le morceau. »

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